Le coche et la mouche

Le coche
 

Sur un chemin montant, sablonneux, malaisé,
Et de tous les côtés au soleil exposé,
Six forts chevaux tiraient un coche.
Femmes, moine, vieillards, tout était descendu.
L’attelage suait, soufflait, était rendu.
Une mouche survient et des chevaux s’approche,
Prétend les animer par son bourdonnement,
Pique l’un, pique l’autre et pense à tout moment
Qu’elle fait aller la machine,
S’assied sur le timon, sur le nez du cocher.
Aussitôt que le char chemine
Et qu’elle voit les gens marcher,
Elle s’en attribue uniquement la gloire,
Va, vient, fait l’empressée; il semble que ce soit
Un sergent de bataille allant en chaque endroit
Faire avancer ses gens et hâter la victoire.
La mouche, en ce commun besoin
Se plaint qu’elle agit seule et qu’elle a tout le soin,
Qu’aucun n’aide aux chevaux à se tirer d’affaire.
Le moine disait son bréviaire
Il prenait bien son temps; une femme chantait,
C’était bien de chansons qu’alors il s’agissait.
Dame mouche s’en va chanter à leurs oreilles
Et fait cent sottises pareilles.
Après bien du travail, le coche arrive au haut.
Respirons maintenant, dit la mouche aussitôt.
J’ai tant fait que nos gens sont enfin dans la plaine.
Ça, messieurs les chevaux, payez-moi de ma peine.
Ainsi certaines gens faisant es empressés,
S’introduisent dans les affaies.
Ils font partout les nécessaires
Et partout importuns, devraient être chassés.

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